Sur un stand de brocante, la robe en lin a tout pour plaire : une coupe des années 1970 et une toile épaisse qui a gardé sa tenue. Puis on la déplie, et une ligne pâle traverse le devant à l’endroit exact où elle est restée pliée pendant des années. Ailleurs, ce sera une chemise de travail en métis, ce mélange de lin et de coton, aux épaules décolorées, ou une blouse ancienne semée de petites piqûres brunes.
Une teinture plus soutenue que la couleur d’origine peut uniformiser ces pièces et rendre leurs taches beaucoup plus discrètes. Mais un vêtement ancien n’a plus la résistance d’un vêtement neuf : ses fibres ont vieilli, ses coutures aussi, et chaque manipulation compte.
Certaines pièces ont plus à perdre qu’à gagner
Commencez par examiner la pièce à contre-jour, devant une fenêtre. Les zones qui laissent passer la lumière, le plus souvent aux plis, au col, aux poignets et sous les bras, sont celles qui risquent de céder dans l’eau chaude. Mieux vaut renoncer dans trois cas :
- le tissu se déchire quand on tire doucement de part et d’autre d’une zone fine ;
- les coutures d’origine cassent au moindre effort ;
- de petits trous apparaissent un peu partout à contre-jour.
Reste la question de la valeur. Un vêtement de créateur ou une pièce rare doit une partie de son intérêt à son état d’origine, couleur comprise ; une fois teint, il devient un vêtement à porter, plus une pièce de collection. Les blouses brodées demandent également réflexion. Une broderie en coton prendra la teinte comme le reste : un point de croix rouge plongé dans un bain marine perdra presque tout son éclat. Si c’est elle qui vous a fait craquer, choisissez une teinte très claire, qui la modifiera à peine, ou laissez la pièce telle quelle.
Savoir de quoi la pièce est faite, même sans étiquette
Beaucoup de vêtements anciens ont perdu leur étiquette de composition, si tant est qu’ils en aient jamais eu une. Or tout dépend de la fibre : une teinture pour coton et lin n’agit que sur les fibres végétales. Un « lin » de brocante peut se révéler mélangé à du polyester, et le résultat serait alors plus pâle, d’aspect chiné.
Le test de combustion permet de lever le doute. Prélevez un fil dans une couture intérieure ou un rentré d’ourlet, tenez-le avec une pince au-dessus d’un évier, loin de tout tissu, et approchez une flamme. Le lin et le coton brûlent franchement, avec une odeur de papier brûlé, et laissent une cendre grise qui s’effrite. Un fil synthétique fond, se rétracte et forme une petite perle dure. La viscose brûle comme le lin, si bien que le test ne les distingue pas ; certaines teintures liquides pour coton et lin acceptent heureusement aussi la viscose. Faites le même essai sur les dentelles et les galons rapportés, qui ne sont pas toujours de la même fibre que le vêtement.
Consolider, laver, puis teindre sans brusquer la toile
Si la pièce tient, reprisez et consolidez avant la teinture, avec un fil 100 % coton : il prendra la couleur avec le tissu, et la réparation se fondra dans l’ensemble. Une reprise faite au fil polyester resterait au contraire de sa couleur d’origine. Par précaution, retirez les boutons anciens, en nacre, en os ou en verre, et recousez-les une fois la pièce sèche.
Lavez ensuite le vêtement avec soin pour éliminer la saleté, les résidus de lessive et les éventuelles traces d’amidon, qui gêneraient une prise de couleur régulière. Les taches qui résistent resteront visibles sous la teinture comme des zones plus foncées, d’autant moins perceptibles que la teinte choisie sera soutenue.
Pour le lin comme pour le métis, les teintures tout-en-un et liquides réunies sur https://comptoir-des-teintures.fr/fr/143-teinture-coton-lin couvrent toutes les familles de couleurs, du beige au bordeaux. Sur une pièce passée, les teintes profondes, marine, marron, vert foncé, gris anthracite ou noir, uniformisent mieux qu’un pastel, qui laisserait deviner les anciennes marques.
Gants, pièce aérée, quantités et durée prises sur l’emballage : la base ne change pas. En revanche, une pièce ancienne ne se brusque pas. Teignez-la de préférence dans une bassine assez grande pour qu’elle baigne sans être tassée, en la remuant doucement plutôt qu’en la frottant. Au rinçage, poursuivi jusqu’à ce que l’eau soit claire, pressez sans tordre, puis nettoyez le contenant selon les consignes du fabricant.
Faites sécher à plat, à l’ombre, sur une serviette, et ne jugez pas la couleur avant que la pièce soit parfaitement sèche : un lin mouillé paraît nettement plus foncé qu’il ne le sera.